Agence e-marketing avec sauce « Caterpillar Belgium »

Dans le monde de l’agence e-marketing et ce, même en Belgique, certains entrepreneurs n’ont pas le moindre scrupule et recourent à la main d’oeuvre « hyper bon marché ».

Non, pas l’étudiant qui va bientôt décrocher son diplôme d’infographiste ou de développeur, parce que même ça, ça coûte encore trop cher à leurs yeux.

La main d’oeuvre « hyper bon marché » ? C’est, par exemple, de courageux rédacteurs de Madagascar qui rédigent un article pour une bouchée de pain. Leur boss ? Des européens qui se sont installés là-bas ou pire encore des entrepreneurs bien de chez nous qui les pilotent à distance.

« Ils nous prennent pour des pigeons avec leur course à la rentabilité maximale »

Quelle « belle » sous-traitance! Sans parler de la qualité du travail obtenu in fine. Mon père  a passé, au bas mot, 80% de toute sa carrière professionnelle au sein de l’entreprise Caterpillar, ayant pris sa retraite à passé 64 ans. « Ils nous prennent pour des pigeons. Mais on n’est pas cons. La direction est en train de délocaliser des lignes de production complètes vers les pays de l’Est », me répétait-il.

Ces propos-là, mon paternel les tenait déjà vers la fin des années 80. Alors vous pensez bien que face à l’étonnement général des ouvriers actuels de l’entreprise et à l’hypocrisie malicieuse de la classe politique, des gars comme mon père ne sont certainement pas étonnés par l’annonce de la fermeture prochaine du site de Gosselies. Dans la fin des années 80, j’étais ado et le processus était largement entamé.

La stratégie de la multinationale américaine et in fine de toute grande marque qui désire demeurer compétitive et assurer des dividendes alléchantes à ses actionnaires, c’est de tabler sur le coût de production le plus bas possible.

Agence marketing digital ou plateforme à 5$ le service ?

Tout récemment encore je lisais un article rédigé par une personne se revendiquant être une professionnelle du contenu Web en France et qui, dans son article de blog, expose 21 techniques et trois plateformes pour gagner 3.000 euros par mois. L’une des plateformes en question ? Je ne vous cache pas que ça me fait royalement « tûûûût » de les citer, c’est :  « Fivrr » Tu y trouves « tout ce que tu veux » depuis le graphisme, le marketing digital, le copywriting ou encore l’animation vidéo et ce, à partir de 5$ et parfois un peu moins.

Bref, le genre de truc qui pourrait facilement laisser croire à certains qu’il est parfaitement possible de se passer d’une agence e-marketing « qui demande bien trop cher comparé à cette miraculeuse plateforme ». Un exemple : Vous êtes entrepreneur et vous avez besoin d’un logo pour votre entreprise ? Pas de souci : AntonCleva97, d’Indonésie vous fait deux logos, avec deux révisions possibles, pour 4.99$. Va demander la même chose à un graphiste belge indépendant. D’autres, toujours originaires d’Inde proposent la constitution d’un site internet ou plutôt d’une landing page à partir de 4.55$, etc, etc.

Et histoire d’enfoncer davantage le clou, l’auteure française ajoute qu’elle connaît même un graphiste qui se fait 4.000$ par mois en vendant un logo qu’il se contente de copier-coller et dont il adapte le texte à chaque commande. Le tout, à un rythme journalier de 100 à 150 logos. SuperrrrrrR !

« Quoi ?! 100 euros pour un article ? C’est de l’arnaque ! »

Notre aimable spécialiste du contenu Web surenchérit en expliquant qu’il y a clairement moyen de gagner sa vie via Fivrr, que vous soyez graphiste, copywriter ou je ne sais quoi d’autre encore. « Le tout, c’est de miser sur les extras », explique-t-elle. Si tu es copywriter, pour 5$ tu proposes une tâche qui ne prend qu’une minute, comme écrire un simple commentaire de quatre lignes maximum sur un site. Pour quelques dollars supplémentaires, tu rédiges un commentaire plus élaboré, pour quelques dollars de plus tu fais un partage sur les médias sociaux, pour un peu plus d’argent encore, le tout est délivrable dans les 24 heures, etc.

Si vous pouvez vous procurer un logo pour 5$, pourquoi iriez vous payer 20 voire 30 fois plus cher chez un graphiste belge ? Cela, je vous le concède, vous petit consommateur à l’autre bout de la chaîne, pour vous, c’est tentant. Mais là où ça devient problématique pour les différents professionnels du digital, c’est lorsque des agences web et ce, même en Belgique, passent par ce type de plateformes pour du webdesign, font appel à des entreprises basées à Madagascar ou au Maghreb pour faire sous-traiter des services d’optimisations SEO ou de copywriting. Sans oublier les entreprises de développement web qui proposent principalement la constitution de sites Internet et qui ont un partenariat de sous-traitance scellé avec une boîte indienne.

Les « pros » du Web sabotent le secteur au nom du profit

Pour ce qui est du marketing de contenu, de la rédaction web, etc, c’est encore plus frustrant pour moi de voir certains jeunes qui n’ont aucune formation en la matière, pas la moindre expérience spécifique dans le secteur et qui malgré tout (mettons cela sur le dos de l’inconscience) proposent ce type de services sur une landing page mal fagotée qu’ils relaient sur leurs comptes médias sociaux avec des statuts truffés de fautes.

Lorsque je discute avec des entrepreneurs du digital, je réalise à quel point ils ne perçoivent pas les tenants et aboutissants quant à l’élaboration d’une ligne éditoriale. Les contraintes liées à la génération de contenu de manière ciblée et adéquate en fonction des spécificités des différentes audiences d’une entreprise. Mais lorsque vous expliquez à un spécialiste SEO qu’un article bien pensé, rédigé par un journaliste et optimisé SEO par ce dernier peut être facilement facturé 100 euros, il sera le premier à bondir. Mais soyez certains qu’il est le premier à en commander ses articles à Madagascar ou au Maroc qui lui coûteront 2 euros max et qu’il facturera 100 euros minimum à son client. Sans parler de la qualité du produit final.

Tout ça pour vous dire que très souvent pas mal d’entrepreneurs du web me font penser aux pontes de Caterpillar qui ne voient qu’une seule chose : la rentabilité, le profit à outrance. Après, le savoir faire local, le travail bien ficelé, les diplômés du secteur qui rament, etc : Ils s’en foutent, tant que l’argent rentre ! Jusqu’au moment où ils réaliseront peut-être qu’ils ont été les instigateurs du suicide de leur propre secteur d’activités.

 

 

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