Take Eat Easy, c’est fini : Comment créer une start up ?

L’échec du projet « Take Eat Easy » a largement remis en question l’univers start-up et son modèle de financement. Cette philosophie start-up comporte d’énormes mérites, mais…

– « Vraiment dommage pour  Take Eat Easy » 
– « Non, pas vraiment », j’ai envie de dire. Surtout si on analyse la situation sous la lorgnette des conditions de travail des coursiers, d’une part et la virtualité de ces business modèles à la sauce start-up, éphémères, d’autre part.
Avec cette infernale mécanique : concept « disruptif » – campagnes de crowdfunding (l’argent des autres) – crash. Au final il y a de quoi se demander comment créer une start up ?
À mes yeux, l’esprit start-up n’est louable que pour l’esprit d’entreprendre qu’il suscite chez les jeunes entrepreneurs. Pour le reste, tout ce qui gravite autour n’est que catastrophe.
Je pousse ici mon p’tit coup d’gueule car je serai toujours un grand sceptique du business modèle qui sous-tend la majorité des start-up, avec des levées de fonds qui impressionnent le commun des mortels mais qui bien trop souvent cachent une réalité moins drôle. Histoire d’illustrer mes propos avec des éléments actuels, prenons le cas de Take Eat Easy, ayant récemment fait parler d’elle avec l’annonce de sa cessation d’activité. Cette start-up s’était développée dans 20 villes en France et partout ailleurs en Europe, ces quatre dernières années. Ses dirigeants dépensaient beaucoup d’argent. Rien d’étonnant avec le salaire du personnel réparti dans 20 villes différentes, des opérations marketing importantes et donc des dépenses publicitaires non négligeables, ainsi qu’un réseau de coursiers qu’il faut « rémunérer ». Enfin, c’est un bien grand mot, étant donné que les coursiers oeuvraient tous sous un statut très précaire d’ « auto-entrepreneur ». Sans oublier qu’à l’instar de beaucoup de start-up, l’entreprise était en forte croissance, mais avec un cash-flow négatif.

Concurrence « déloyale »

Et puis, certains actionnaires majeurs n’ont plus voulu poursuivre l’aventure. Et c’est là que l’éclatement de testicules survient. La bulle éclate et l’euphorie engendrée par les campagnes de crowdfunding, les reportages dans la presse traditionnelle, les yeux doux de business angels qui ont tellement d’argent à ne plus savoir comment faire pour réduire leur base imposable tout en faisant des investissements : tout cet engouement, toute cette euphorie s’évapore ensuite en un claquement de doigts.
Le tout, dans un contexte où la Belgique compte un nombre de start-ups relativement faible comparé à ses voisins européens. Comment créer une start up chez nous ? Un des freins : les charges administratives élevées. Et puis, qui dit « innovation », dit processus d’essais-erreurs. Là où en Belgique il n’existe pas de cadre légal permettant à ces start-up de commettre certaines erreurs, pour autant qu’elles rectifient ensuite le tir en vue de maintenir une progression et une rentabilité certaine. Histoire de dépasser une logique implacable de « faillite » qui peut s’avérer totalement hors-propos pour une start-up. Un des rares dispositifs prévu par l’état belge est le « tax shelter » : Un levier fiscal qui permet aux actionnaires de start-ups de déduire une partie de leurs investissements.
Mais alors, quid de l’entrepreneur « classique ». De celui qui a ramé pour créer son entreprise, sur base de fonds propres ou de crédits qu’il a du mal à rembourser à la banque. Quid des gars qui ont bossé ferme pour monter leur société de taxis face à une start-up telle qu’Uber, où Monsieur et Madame tout-le-monde s’improvise chauffeur de taxi, pouvant ainsi proposer des services taxi sans devoir rémunérer le moindre conducteur sous un statut de salarié.
Tous, dans le meilleur des cas ont un statut d’indépendant. Enfin, plus précisément de « faux indépendant » étant donné que ces start-up, à l’instar de « Take Eat Easy » interdisent de manière contractuelle de bosser pour autrui. Ah ouaais, mais ceci dit, y a pas mal de secteurs où l’on privilégie le statut d’indépendant, pour ne pas dire de faux indépendant, comme dans le milieu journalistique où le « pigiste » est roi. Aujourd’hui, pas mal de groupes de presse sont nettement plus vigilants par rapport à cette dimension et font en sorte qu’un journaliste indépendant ne travaille plus de manière exclusive pour eux.

Au-delà du pitch, comment monter une start up ?

 Il y a aussi et surtout cette situation paradoxale, pour ne pas dire classique, de start-up qui connaissent une croissance fulgurante en un laps de temps assez restreint. La start-up se livre à une diaspora de ses « jeunes pousses » en ouvrant boutique sur boutique dans la plupart des capitales européennes. Le tout assorti d’une « gestion » financière où en gros, on crame l’argent récolté via les campagnes de crowdfunding. Un baxter mortel. Surtout une fois que les actionnaires ne suivent plus les entrepreneurs en lesquels ils avaient initialement placé toute leur confiance. Les exemples ne manquent pas : Save.co avait levé 15 millions d’euros. Elle était spécialisée dans la réparation de GSM. Banqueroute. Sojeans, qui vendait des jeans en ligne, avait levé 7 millions d’euros. Banqueroute. Chictypes, une plateforme e-commerce vendant des vêtements, le tout assorti de conseils de stylistes, avait levé 4 millions d’euros il y a un an. Banqueroute.
Manifestement le concept « start-up » semble stimuler la « génération Z », appellation regroupant ceux qui sont nés dans les années 90. Je suis le premier à bondir de joie et à crier : « Génial ! » Certains font manifestement preuve d’originalité en termes d’idées entrepreneuriales disruptives bouleversant ainsi le paysage classique du monde de l’entreprise. Mais une chose est certaine, ces derniers ont certainement plus que besoin d’un encadrement émanant d’entrepreneurs ayant fait leurs preuves en termes d’entreprises pérennes, histoire de continuer à exister sur le moyen, voire long terme.

 

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