Comment fonctionne une campagne de crowdfunding

L’échec cuisant et récent de Take Eat Easy a secoué l’univers start-up remettant en question la « philosophie start-up » et ses modes de financement.

Aventura Digitale fait le point avec Joseph D’Ippolito (à gauche sur la photo) qui est le fondateur liégeois de Crowd’in, une plateforme de crowdfunding, en vue de financer les entrepreneurs porteurs de projets novateurs.  Le tout co-fondé avec Quentin Gaillard (à droite sur l’image). Il répond à la question : « Comment fonctionne le crowdfunding ? »

Le crowdfunding : comment ça marche

Est-ce que la philosophie du crowdfunding ne donne pas une fausse bulle d’air aux start-up et ne confirmerait pas le fait qu’avoir une idée originale et « disruptive » n’est pas suffisant pour lancer un business ?

La philosophie de l’entrepreneuriat au sein de l’univers start-up est basée sur le risque. Les fonds qui sont levés sont des capitaux à risque à l’instar de ceux dégagés dans le monde de l’investissement. Pour démystifier la chose j’aime dresser un parallèle entre le start-uper et le boulanger du coin qui démarre avec rien et qui progressivement déniche des fonds auprès de membres de la famille, d’amis proches pour lancer son commerce et qui doit ensuite engranger des résultats. Ceux qui investissent dans son business prennent également un risque.

Si ce n’est que la start-up est une structure évolutive en rupture avec le marché traditionnel et répondant à un besoin,  qui se doit d’adopter une philosophie agile, en optant pour le lean marketing. Il s’agit d’un état d’esprit où on développe son business en générant le moins de coûts possibles et en perdant le moins de temps possible. Dès qu’une voie s’avère infructueuse, on emprunte un autre chemin.

Est-ce que lancer ce type de structures sur base de campagnes de crowdfunding ne constitue pas une forme de concurrence déloyale comparé aux entrepreneurs qui mettent sur pied leur activité de manière traditionnelle et sur base de fonds qui leur sont propres ?

Non, on ne peut pas parler d’injustice ou de concurrence déloyale générée par le finan

cement participatif. Il n’est certainement pas déloyal d’aller chercher de l’argent auprès de personnes qui pressentent un potentiel derrière le projet que vous lancez. Il n’est pas question de concurrence déloyale entre un start-uper et un entrepreneur traditionnel, mais il s’agit bien d’une question d’opportunité où on lève des fonds pour développer son projet.

– Au final, la culture start-up est-elle plausible et applicable en Belgique, d’autant plus que pour se déployer, une start-up a souvent besoin de passer par un processus d’essais-erreurs. Alors que chez nous, les entreprises n’ont pas le droit à beaucoup d’erreurs ? Comment faire du crowdfunding viable en Belgique ?

Il y a en Belgique de plus en plus d’écosystèmes qui encadrent les start-up où il y a une réelle logique de collaboration et de co-création dont peuvent profiter les start-uper. Et je trouve que la Belgique se positionne bien en la matière. On développe de plus en plus d’outils en vue de réfléchir en termes de business model à adopter, de modes de financement à envisager. Même s’il y a encore pas mal de choses à faire au niveau fiscal.

Après, tout dépend également du marché visé. Parfois, il est plus facile de se développer à l’étranger plutôt qu’en Belgique, comme pour les projets high-tech.

Pour ce qui est du rapport au succès, là c’est une question de culture. Il est clair que dans certains pays comme aux États-Unis, on prône la culture du « failing forward » selon laquelle, en gros, si tu fais deux faillites de suite, tu es un king. Il est clair qu’en Belgique on va un peu nuancer le discours. On ne va pas d’emblée écarter quelqu’un qui a connu une faillite. On peut lui laisser une chance, mais on le fera au cas par cas, en analysant la situation.

Le crowdfunding c’est avant tout une campagne de comm’

Est-ce que des levées de fonds spectaculaires n’entraînent pas un développement fulgurant et trop difficile à digérer pour des structures telles que des start-up ?

Ces levées de fonds impressionnantes ne sont que la partie émergée de l’iceberg qui donnent l’impression erronée au sein de l’opinion publique que le crowdfunding est un simple robinet que l’on ouvre facilement à sa guise via le Net. Il faut être prudent par rapport à ça, car cette dimension-là, c’est de la poudre aux yeux. Une levée de fonds, c’est le fruit de plusieurs mois de travail. Il s’agit d’un réel travail de communication où il faut convaincre le public, des communautés spécifiques. Il s’agit aussi d’un travail de marketing où le fait de lever des fonds, de chercher les premiers clients, s’apparente à la préfiguration d’un plan marketing.

L’aspect communautaire n’est pas à sous-estimer. Chez Crowd’in, nous mettons l’accent sur le fait qu’il est important de convaincre dans un premier temps son propre réseau, les contacts les plus proches. Cela donne déjà de bonnes premières indications. Et ensuite on étend le cercle de prospection.

En ce qui concerne la viabilité d’une start-up, si on prend le cas de Take Eat Easy, il y a eu trop de dépenses comparé aux flux de revenus. Ils auraient certainement dû se concentrer sur le Benelux tout au plus, dans un tout premier temps. C’est dans la phase d’acquisition qu’une start-up a besoin de ressources. Lors de la deuxième levée de fonds, trois fonds d’investissement n’ont pas voulu continuer l’aventure avec Take Eat Easy. Pire encore. Un des fonds avait également investi dans Delivroo parallèlement à leur investissement dans Take Eat Easy. La start-up avait levé 200 millions de dollars au premier tour et le même montant tout récemment, là où Take Eat Esay représentait entre 14 et 15 millions de dollars. Le fonds en question a spéculé sur le fait que l’investissement effectué dans Delivroo serait nettement plus rentable et couvrirait les éventuelles pertes au niveau de Take Eat Easy.

Comment faire du crowdfunding ?

– Vous avez fondé Crowd’in, une plateforme de crowdfunding. Comment fonctionne le crowdfunding ?

Nous travaillons sur des projets belges et francophones. Des projets, on en croise tous les jours et il y a souvent de belles idées. Mais si les choses n’en sont qu’au stade de l’idée et qu’il n’y a pas de business pensé en amont, on oriente les projets vers d’autres acteurs de la région. Il faut que les porteurs de projets aient déjà une idée bien précise sur la façon avec laquelle ils comptent distribuer leur produit, leur service, sur le marché.

Le message que nous faisons passer auprès des porteurs de projet, c’est que le crowdfunding demande de l’implication. Il ne s’agit pas d’une manne céleste qui tombe du ciel. Il faut analyser la ou les communautés que le projet draine, calibrer la hauteur du financement visé, se constituer une équipe, etc. Un projet n’est pas l’autre. Vous pouvez avoir un porteur de projet isolé mais qui compte beaucoup de partenaires. J’ai eu quelqu’un qui visait 1.000 euros de financement. Au final il en a obtenu 14.000.

– Pour conclure, en un mot, une campagne de crowdfunding peut se résumer comment ?

Le crowdfunding c’est avant tout campagne de comm’.

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